Résilience

ou l’art de rebondir

Le terme de résilience est beaucoup employé ces dernières années suite aux attentats et ces derniers mois avec la pandémie. Mais que signifie ce mot ? Parfois il est usité un peu par extension pour signifier la manière de tirer profit de ses échecs. C’est bien plus que cela. Dans la vie, nous pouvons rencontrer des événements fâcheux, traumatiques. Nous en sortons avec des blessures corporelles ou/et psychiques. Nous évoquons la notion de résilience quand, après avoir subit une situation dévastatrice, nous survivons pour renaître.

Je nous propose de clarifier un peu cette notion pour nous arrêter plus spécifiquement sur son acception « art de rebondir ». Nous verrons ce qui peut nous aider à rebondir. 

Après l’incendie,
une graine germe,
Résilience

Résilience, de quoi parle-t-on ?

En mécanique, ingénierie, le terme de résilience représente la capacité d’un matériau à résister à des forces dynamiques, soit des chocs répétés. La matière absorbe les chocs jusqu’à la limite de son élasticité, alors une déformation permanente apparait.

Le terme de résilience, en psychologie, signifie la « Capacité d’une personne ou d’un groupe à se développer bien, à continuer à se projeter dans l’avenir en dépit d’événements déstabilisants, de conditions de vie difficiles, de traumatismes sévères », selon la définition proposée par Manciaux, Vanistendael, Lecomte et Cyrulnik (2001).

Enfin, le terme de résilience est utilisé en écologie pour évoquer la capacité d’un écosystème, d’un groupe d’individu dévasté par un élément extérieur, à se reconstruire.

En associant ces définitions, Cyrulnik parle de la résilience comme un processus psychique qui permet de reprendre un développement psychique après une agonie psychique. Il évoque la notion de reprise d’un développement avec cette idée de retrouver une vie humaine acceptable.

Ce qui est intéressant dans ces diverses définitions, c’est la mise en valeur de la sempiternelle capacité que nous avons à nous adapter, jusqu’au point de rupture. La métaphore de la grenouille qui ne savait pas qu’elle était cuite, illustre parfaitement cela. Le batracien s’adaptant à l’élévation de la température de l’eau, s’endort dans l’eau chaude et finit par cuire dans l’eau frémissante. Sautant dans l’eau déjà chaude, il en serait sorti immédiatement.

En effet, nous nous adaptons car il est moins couteux de jouer des épaules, de résister que de partir. Et puis, un jour ce n’est plus possible. Nous tombons là en épuisement personnel ou professionnel. Il va falloir alors nous reconstruire. Cette reconstruction se fera en considérant les pertes et en reconnaissant les gains. Cela est une autre notion intéressante avec ces définitions, que je nommerai « À cause de/Grâce à ». Et puis la dernière notion à considérer avec le concept de résilience est celle de « nouveauté différente et acceptable » de la réédification.

Résilience, un processus avec « A cause de… , Grâce à… »

Au cours de notre périple de vie, nous pouvons traverser des tempêtes, gravir des montagnes, chuter dans des crevasses, traverser des plaines, des vergers, des déserts…. Un jour un ouragan emporte notre maison, une autre fois notre compagnon de route disparait dans un gouffre, ou encore un arbre s’abat en nous fracturant la colonne vertébrale… des drames qui engendrent des pertes lourdes. Nous subissons. A cause d’une catastrophe, nous perdons la maison tant aimée, construite et aménagée avec fierté. Nous n’avons plus de toit. Comme les trois petits cochons avec leurs maisons détruites. La maison de paille s’envole, celle de branches ne tient pas non plus face au souffle du loup. La troisième habitation faite de briques résiste aux affres de l’adversité. Finalement, ils ont appris de leur mésaventure. Ils ont développé des compétences de bâtisseurs.

A cause d’événements affreux, je subis des pertes, des remaniements obligatoires qui me contraignent à développer des compétences, des capacités que possiblement je n’aurais pas utilisé ou pas autant. A cause de la violence parentale j’ai dû partir de chez moi très tôt. Grâce à mon départ du domicile parental, j’ai appris à élucider des problématiques administratives, à résoudre des difficultés matérielles…. Je sais aujourd’hui que je suis capable de trouver des solutions à mes désagréments, j’ai confiance en mes capacités, je suis débrouillard, dégourdi, ingénieux…

A cause de cet accident de montagne, je ne peux plus pratiquer l’escalade qui était mon activité professionnelle, ma passion, ma raison de vivre. A cause de cet accident j’ai dû me reconvertir. Grâce à cet accident, j’ai découvert un intérêt pour la pâtisserie. Je confectionne des gâteaux et réalise des œuvres d’art en pâtisserie. C’est, aujourd’hui, ma nouvelle activité professionnelle. J’ai reconstruit autre chose.

Résilience, un processus pour un nouveau acceptable

Nous souffrons de disparitions. Nous connaissons des anéantissements. Ce qui était, n’est plus. Ce qui était, ne sera plus. Nous faisons le deuil de ce qui est perdu. Ce concept de résilience selon l’approche écologique nous propose une reconstruction non pas à l’identique mais différemment. Comme cet espace couvert de pins ravagé par un feu estival, qui retrouve vie au travers de germination de plantes qui se ressèment naturellement ou de rejets d’arbres préexistants. La vie dévastée retrouve une autre manière de peupler cet espace. La pinède a disparue et une autre végétation apparait.

Après, et au cours du deuil, nous acceptons de construire autrement. Nous concédons à une nouvelle vie insoupçonnée acceptable.

Ce terme acceptable est important, car il est impensable de sortir indemne de certaines horreurs. Il ne s’agit pas d’arranger et de prétendre oublier, il est question de recréer. Créer un sens, un intérêt, une activité qui rend la vie plausible.

Au final, la résilience est cette capacité et ce processus qui nous permet de rebondir en exploitant nos déboires et en créant de l’inédit.

L’art de rebondir

Face aux situations traumatiques, nous sommes abattus, certains ne se redressent pas, d’autres entreprennent un rétablissement. La résilience est l’art de rebondir, c’est un mouvement qui peut se déclencher ou non, qui peut se poursuivre ou non.

Outre le processus de deuil et la gestion du trauma par des thérapies diverses, la réédification se fait avec la reconnaissance des nouveaux acquis et des possibles naissants. Elle se réalise en lien avec un soutien par un entourage présent et un sens identifié.

L’art de rebondir est à la fois une compétence de création et un mécanisme de métamorphose, à l’image du Kintsugi cet art japonais qui répare les objets en céramique ou porcelaine avec de l’or.

Copyright Kintsugi par Myriam Greff,
Kintsugi, l’art de la résilience

Vous accompagner :

Observez cet art en vous : pensez à une situation vécue qui a été tragique pour vous, reconnaissez comment vous avez recomposé, identifiez vos nouveaux acquis.

Vous pouvez me contacter 🤝

Vous pouvez écouter ou poser vos questions concernant le sujet au cours de l’émission « la vie en Bleu » sur France Bleu Hérault, interviewée par Léopoldine DUFOUR le 22/02/2021 de 9h10 à 9h30 : Ecouter l’émission

En savoir plus :

Ouvrage princeps : Les âmes blessées de Boris Cyrulnik

Articles accessibles sur CAIRN, entre autres :

  • Manifeste pour la résilience de Boris Cyrulnik, Edition Eres, collection Spirale, 2001/2 n°18, page 77 à 82
  • Le concept de résilience et ses applications cliniques de Marie Anaut, association de Recherche en Soins Infirmiers, « Recherche en soins en infirmiers », 2005/3 N)82, pages 4 à 11
  • Traverser une expérience traumatique d’Elena Mazur, Collège européen de Gestalt thérapie, « Cahiers de Gestalt-thérapie », 2014/1 N°32, page 100 à 115

Vidéos accessibles sur Youtube, entre autres :

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