Équilibrer ses investissements ou

Comment orchestrer ses domaines de vie ?

Je vous propose dans cet article d’identifier et clarifier toutes les dimensions de notre vie avec lesquelles nous avons à composer sans en omettre une seule. Chaque dimension étant nécessaire et utile, il est judicieux que nous y soyons attentifs et que nous équilibrions nos investissements vis-à-vis de nos domaines de vie.

Certaines personnes investissent énormément la sphère professionnelle. Le temps et les pensées sont mobilisées pour l’activité professionnelle. Cela ne pose pas de problème en soi. Tant que l’échange entre offre et gain est équilibré, tout va bien. Des difficultés sont ressenties quand cet investissement devient couteux ou n’apporte pas à la hauteur de celui-ci. C’est le foyer de l’épuisement professionnel, du burn-out. L’engagement dans un métier apporte un sens à la vie. Le jour où cette activité doit cesser pour diverses raisons : licenciement, problème de santé, retraite, déménagement…, il n’y a plus rien qui fait sens, qui nourrit l’intérêt. C’est le déclencheur d’un épisode dépressif. Et ensuite un tel surinvestissement peut avoir une répercussion sur le couple (partenaire se sentant délaissé) ou sur la famille (enfants turbulents). Nous constatons qu’à côté de notre travail, il y a d’autres domaines dans notre vie qui requièrent aussi notre attention et notre intérêt. Une sorte de nécessité d’équilibrer nos investissements.

Notion d’investissement

Le mot investissement fait penser à l’économie au sens finance. Devons-nous voir nos vies comme une entreprise tournée vers la production, l’échange, la distribution et la consommation de biens et de services ? Pourquoi pas, en partie oui, en effet, nous engageons de l’énergie, du temps, de l’argent dans différents domaines escomptant, en échange, recevoir. Je nous propose également de prendre le terme économie en lien avec son étymologie, venant du grec oikonomia (oikos=maison, nomos=gérer/administrer) qui signifie la gestion/administration de la maison. L’économie est, alors au sens psychologique, la manière de diriger sa vie.

Nous gérons notre vie en orchestrant les différentes dimensions qui participent au bien-être en soi et ensemble, soit au respect et la reconnaissance de qui nous sommes avec nos compétences, nos capacités, nos valeurs, nos limites, nos sensations, nos vécus, nos relations.

Nous définirons ces sphères au nombre de 4 :

  • Sphère professionnelle : espace de vie où nous déployons des compétences et capacités spécifiques à notre métier ou emploi, nous obtenons des signes de reconnaissances propre à notre activité professionnelle et des revenus.
  • Sphère sociale : domaine de vie où nous utilisons nos compétences et capacités multiples, nous nourrissons nos valeurs, nous rencontrons des hommes et des femmes, nous sommes gratifiés par nos engagements dans des associations, des clubs…
  • Sphère familiale : champ de notre vie où se développe notre identité au milieu de nos parents, notre fratrie, notre conjoint-e, nos enfants…. Nous sommes en liens avec des êtres chers, les relations que nous entretenons avec eux nous influencent, nous procure des stimulations. 
  • Sphère individuelle/personnelle : partie de notre vie où s’épanouit notre personnalité. Nous nourrissons nos spécificités, nous accroissons nos potentiels, nous étendons nos liens, nous maitrisons nos limites, nous honorons notre être.
Equilibrer ses domaines de vie
équilibrer ses domaines de vie

Notion d’équilibre

Une image que j’affectionne pour évoquer cette notion d’économie, d’investissement et de gestion de notre vie est celle de la table à 4 pieds.

Il existe différentes tables avec plus ou moins de pied : un, deux, trois, quatre et plus. Plus il y a de pieds, moins est dommageable la perte d’un d’entre eux. En revanche, moins il y a de pieds, plus la table est vulnérable. Une table solide, qui tient bien avec un plateau horizontal équilibré, c’est quand ses quatre pieds sont d’égale longueur et répartis de manière équitable.

Si un pied venait à être défectueux, la table pourrait rester debout pour autant que les charges sur le plateau se rééquilibreraient le temps de la réparation.

Si un pied venait à être plus long, plus épais, se déplaçant vers le centre du plateau, rendant les autres appuis inutilisables, la table s’équilibrerait tant que le pied omnipotent, omniprésent tient. Seulement, le jour où cet unique pied vient à céder la table s’effondre. 

Cette métaphore de la table à 4 pieds, nous montre l’intérêt et la nécessite d’investir et d’orchestrer équitablement les quatre points d’appuis, représentant les 4 dimensions qui font notre vie.

La difficulté est que parfois ces sphères sont plus ou moins identifiées, plus ou moins imbriquées et plus ou moins différenciées.

Notion d’identification et de différenciation

Certaines personnes méconnaissent l’existence de plusieurs domaines. Par exemple, nous observons cela chez ces individus qui se définissent et s’identifient avec leur fonction : je suis boulanger/infirmière, je suis père/mère, je suis fils/fille de…, je suis trésorier/bénévole… Tant qu’ils occupent et remplissent leur fonction cela nourrit le bien-être.

Que se passe-t-il quand la fonction ne peut plus s’exercer ? : Départ en retraite, départ des enfants du domicile familial, non reconnaissance du lien de filiation, changement du bureau de l’association… Les individus perdent leur fonction et avec cela l’espace qui alimentait leur bien-être. Souvent, tellement investit dans leur fonction, ils ne comprennent pas les revendications de leurs proches. Ils trouvent normal ce qu’ils font et même reprochent à leur entourage de ne pas les comprendre. Bien sûr, avec le regard biaisé leur comportement est logique. Avec un regard plus large, en considérant ce qui leur est dit, ils peuvent visualiser les espaces lacunaires et le côté bancal de la table.

Finalement, il est nécessaire d’identifier les différents domaines et de leur accorder du crédit. J’exerce un métier, et j’ai un réseau d’amis, et j’ai des actions dans la société, et j’ai des activités et des loisirs, et je vis en couple, et j’ai des enfants, et j’ai de la famille, et j’ai un corps…. Chaque domaine et sous domaine sont à considérer comme existant et ayant une valeur.

Il n’est pas question de leur accorder également en temps et en importance, il est simplement utile de reconnaitre leur existence et les besoins qui leur correspondent. 

  • La sphère professionnelle répond aux besoins de revenus, de reconnaissance, d’utilité dans la société…
  • La sphère sociale répond aux besoins de partage, d’appartenance, d’utilité, de reconnaissance…
  • La sphère familiale répond aux besoins d’affection, d’amour, d’appartenance, de reconnaissance, d’utilité…
  • La sphère individuelle/personnelle répond aux besoins de réalisation, d’estime, de connaissance, d’existence…

Parfois les domaines s’entrecroisent, ce qui complique la tâche d’identification. Par exemple, je peux travailler avec mon conjoint. Cela est encore plus difficile quand nous travaillons tous les deux à la maison. Les sphères professionnelle et familiale se mélangent. Je passe beaucoup de temps avec mon compagnon de vie et néanmoins collègue de travail. Nous parlons de nos dossiers professionnels au repas du soir, lors de notre randonnée avec les copains. Certes nous sommes passionnés tous les deux… et peut être progressivement je le vois plus comme un partenaire de projet et moins comme un amant. Le phénomène est amplifié quand en plus il y a des enfants qui nécessitent de mobiliser notre fonction parentale. Nous devenons des collègues complices et des parents efficaces au détriment d’amants désirants et aimants.

Effectivement, il est des périodes dans la vie où les fonctions se multiplient et s’entrechoquent. Comme cette période du début de la vie professionnelle, où s’ajoute une vie de famille avec des enfants en bas âge. C’est un moment de vie intense où il faut bien distinguer les différentes sphères, en reconnaissant leur valeur propre pour ne pas se retrouver quelques années plus tard avec une table totalement déséquilibrée.

Je compose alors avec une nécessité professionnelle, une exigence parentale sans omettre ma relation de couple, ni négliger mon espace personnel.

Orchestrons équitablement  

Je disais précédemment qu’il n’est pas question d’accorder un temps égal à chaque sphère, ni la même importance. En effet, il est impossible de consacrer 35 heures à chaque domaine en une semaine. Il ne s’agit pas d’égalité mais d’équité.

Chaque pied de notre table est à considérer et à investir. Son investissement est à la hauteur de la charge qui pèse sur le pied. Il y a des investissements qui exigent un temps long et d’autres qui nécessitent un temps court. Ce n’est pas la quantité qui va être pertinente, c’est la qualité de présence consacrée à ces sphères, aux personnes. Il ne sert à rien de mobiliser 2 heures à jouer avec les enfants si je ne suis pas présent mentalement avec eux. Il vaut mieux que je leur raconte une histoire pendant 20 minutes en étant bien là.

En définitive, les 4 pieds de notre table demandent de la considération, pas plus pas moins, à leur juste nécessité. C’est un peu comme dans un orchestre, où chaque instrument à sa place, et joue sa partition. Aucun instrument ne peut manquer au risque de rendre la musique disharmonieuse. Aucun instrument ne peut prétendre être plus important qu’un autre. Nous orchestrons notre vie pour en faire une musique aux sonorités harmonieuses.

Vous pourrez écouter ou poser vos questions concernant le sujet au cours de l’émission « la vie en Bleu » sur France Bleu Hérault, par Léopoldine DUFOUR le 14/01/2021 de 9h10 à 9h30

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