Vers une fin du confinement

Comment se préparer ?

En janvier 2020, nous connaissons en France l’arrivée de la pandémie du COVID-19 qui a amené le gouvernement à mettre en place diverses mesures sanitaires, dont depuis le 17 mars, le confinement de la population. Le 24 mars, lors d’une allocution, le Premier ministre annonce quelques durcissements des règles de confinement par un décret qui entrera en vigueur le lendemain. Le 13 avril, le président annonce que le confinement est prolongé jusqu’au 11 mai. A partir de cette date, la propagation du virus étant supposée stabilisée, avec des dispositifs sanitaires opérationnels, des mesures seront prises pour un arrêt progressif du confinement strict, qui aura duré 2 mois. La fin du confinement annoncée, les citoyens vivent un complexe de sentiments et d’émotions multiples. Voyons ensemble une partie de ces sentiments, des comportements qui leur sont liés et comment nous préparer à ce « déconfinement ». 

Se préparer ? 

Oui, se préparer car nous avons du nous adapter au confinement et après 2 mois, des habitudes ont été prises. Nous allons passer par une autre phase d’adaptation. Nous vivons un processus de changement. Un changement suscite prise de conscience et soutien.

Confinement = REGLES ?

Le confinement est vécu comme une privation de sa liberté de circulation et de choix de lieu de vie, ainsi qu’une réduction de ses relations sociales, de ses loisirs et de ses activités professionnelles. Ce sentiment est amplifié par le discours politique qui demande de faire des efforts, et qui érige des décrets. Le gouvernement, et ses représentants sont alors perçus comme des figures parentales qui fixent des règles et ordonnent. En lien avec ces directives, l’individu s’y conforme ou les enfreint. Il les dédaigne par « réflexe », comme si les règles enfermantes et contraignantes ne lui permettait pas d’être qui il veut être. Il y a une sorte d’opposition systématique, non réfléchie. Attention, ne nous méprenons pas, je ne suis pas en train de dire que l’individu n’est pas doué de réflexion. Je dis uniquement que les sentiments qui sous-tendent les comportements sont non conscientisés. Je propose de conscientiser ce qui fait agir chacun de nous pour adapter nos attitudes et pratiques, et ainsi de ne pas considérer les dispositifs sanitaires comme des règles mais comme des mesures pour le bien commun, la santé collective. De fait, se pose la question de la responsabilité de l’individu face à sa santé et à celle d’autrui. Comment il est responsable et donc dans une posture d’Adulte. L’état du moi Adulte au sens de l’Analyse Transactionnelle est celui qui raisonne, qui fait des choix en engageant sa responsabilité.

Alors je propose pour brancher cet état du moi Adulte de nous interroger sur les mesures que je proposerais, mettrais en place en tant que chef de famille, si au sein de mon foyer une personne était infestée par la gale ? (Infection due à un parasite, pathologie très contagieuse, facteur de risque : promiscuité, contacts directs et indirects)

Fin du confinement = libération ? Fin de confinement espérée

Il est naturel, que ce soit une population en liesse qui accueille la perspective de la fin du confinement. 2 mois de restrictions, d’interdictions, de contrôle, alors le risque est le relâchement de l’attention portée au bien collectif au profit du plaisir individuel. Je vais oser une illustration avec une classe d’enfants, la sonnerie de la récréation retentit. Que se passe-t-il ? Les enfants trépignent. Quand ils sortiront de l’enceinte de la classe, cela sera cris (dépassement des règles), bousculades (non considération de l’autre), chutes (non protection de soi). L’attention, exigée durant le temps de la classe, a engendré de la tension qui se lâche et provoque un relâchement de l’attention portée aux modalités de la vie en groupe et même pour sa propre sécurité. Tout à fait logique et donc attendu dans un contexte d’apprentissage des modalités protectrices et respectueuses pour soi et son environnement. Dans la genèse d’un individu, chacun fait l’apprentissage de savoir conjuguer ses désirs personnels en lien avec le bien collectif. Nous l’apprenons entre autre quand dans le plat à tarte, il reste une part tant convoitée que nous saurons partager ou offrir. Le confinement vécu ces dernières semaines a engendré diverses tensions liées certes à des privations déjà évoquées, et aussi des difficultés au sein du foyer, des problématiques économiques qui occasionnent des incertitudes anxiogènes. Tout cela est un formidable mélange détonnant, que nous aimerions effacer au plus tôt et au plus vite. Notre désir d’évasion surpasserait notre souci de préservation de notre milieu de vie (environnement social). Encore une fois, nous sommes mus par des forces intérieures puissantes. Forts de cette prise de conscience, repositionnons nous comme un individu raisonné parmi un ensemble d’autre. 

Je propose, pour nous aider à nous repositionner, d’identifier et nommer nos désirs personnels en fin de confinement. Ecrivez les puis voyez en quoi ils sont compatibles avec le bien collectif. Delà, vous pourrez aisément évaluer comment répondre à vos besoins personnels tout en répondant aux nécessités communes (Santé).

Fin du confinement = crainte ? Fin de confinement redoutée

Pour certain, le confinement est vécu comme un moment privilégié, un espace protecteur. La perspective de devoir quitter son cocon, sa tour d’ivoire n’enchante pas. Des peurs jaillissent : peur du contact avec le virus, peur de la maladie, peur du retour au travail, peur de l’arrivée des problématiques économiques, peur du retour à la surcharge d’activités pro et perso, peur du retour aux relations sociales. Les peurs nous figent. Elles sont nourries généreusement par nos pensées. Notre esprit est fait pour réfléchir, combiner les divers éléments à notre connaissance et ainsi anticiper en développant, inventant des stratégies pour nous préserver. Il est friand de scénario, il est doué pour inventer, imaginer, fantasmer. Sa compétence nous sert autant qu’elle nous dessert. Etant préoccupé par notre survie, ce sont des scénarios catastrophes que notre esprit nous crée, soit disant pour nous prémunir du pire. En fait, ceux-ci nous rendent inaptes, incapables d’agir convenablement. Nous tournons en boucle, et visionnons inlassablement nos films d’épouvantes. Comment en sortir ? Soyons, plus malin que lui, faisons le tri entre nos fantasmes, nos excès d’invention et le réel. Nous avons besoin d’objectivité. Pour nous aider, je propose de considérer ses pensées, ses films comme si c’était un-e ami-e qui nous racontait cela… Que lui diriez-vous ? La demande de restriction des déplacements et de ce fait de ses activités a contraint ou offert une justification à l’allégement de son emploi du temps, à la réduction des interactions sociales, à la levée de contraintes diverses, à la prise de recul. Si au départ du confinement, cela a été une inquiétude (peur du vide en l’absence d’occupations), c’est venu progressivement ouvrir à d’autres expériences de vie qui ont été agréables. Cela a pu venir interroger sur ses comportements et le sens de son fonctionnement, voire le sens de sa vie. Maintenant, nous redoutons de retrouver un rythme effréné sans respiration, sans espace de pause. 
Ces semaines passées ont été riches :  
• d’espaces d’expérimentation pour éprouver et développer d’autres manières de fonctionner 
• de temps d’introspection pour mieux se comprendre 
• de moments agréables ou désagréables pour servir de levier au processus de changement nécessaire pour vivre mieux.

Je propose de nous poser, le temps d’une ou plusieurs pauses : clarifiez en quoi cette période a été riche en leçon pour soi et identifiez ce que vous pouvez utiliser pour poursuivre votre vie parmi les autres. Autrement dit la question pour chacun est : qu’est ce que cette expérience m’aura apportée ?

Fin du confinement = reprise ou non de sa vie ? Poursuivre sa vie ensemble 

Le confinement est vécu comme une parenthèse. Un arrêt momentané de sa vie, qui se met en veilleuse en attendant le moment propice pour la reprise. Cette fin annoncée donne la satisfaction de retrouver sa vie d’avant ou la crainte de ne pas pouvoir la retrouver. Quand l’arbre perd une branche, il ne s’arrête pas de pousser et ne s’appesantit sur la perte. Il poursuit sa vie avec la croissance de ses branches et ses racines. Si la branche perdue le déséquilibre, il fortifiera une branche, ou en développera une autre pour rééquilibrer ses branchages, modifiera aussi son système racinaire. La dynamique de vie se poursuit en ajustant. Nous ne pouvons espérer ou craindre de retrouver, ou non, l’avant. Nous intégrons des changements en permanence c’est ce qui nous fait être dans la dynamique de vie. La stabilité statique est morbide, voire mortifère. La stabilité dynamique est vivante. Nous sommes en perpétuel changement, en continuel ajustement. Les saisons nous offrent une succession exemplaire de modifications qui ne sont pas que des fins mais aussi et surtout des commencements pour du renouveau et de la continuité. Nous sommes en confinement et sa fin progressive approche, alors, dès à présent, je nous propose de poursuivre nos chemins de vie en prenant nos responsabilités au sein de nos environnements respectifs, de faire le tri dans nos besoins, désirs, de prendre soin de nos découvertes pour pas à pas cheminer dans nos vies ensemble. A chaque pas, nous nous ajustons. 

Faites l’expérience, pendant une de vos sorties ou chez vous : marchez en observant comment vous posez vos pieds, comment se fait l’alternance des points de contact de vos pieds avec le sol ou dans vos chaussures, combien d’instants d’équilibre dynamique vous vivez pendant que vous marchez, comment vos pieds ajustent leur positionnement en fonction du relief du support, comment vos jambes s’adaptent en fonction de l’inclinaison du sol. La vie est adaptation et ajustement. Et nous en sommes capables.

Extrait d’émission « Tous Solidaires » avec Alban Forlot, 28 avril 2020

Partager ce post

Share on facebook
Share on google
Share on twitter
Share on linkedin
Share on pinterest
Share on print
Share on email

Souscrivez à la Newsletter