On dit de moi que je suis….

Comment se libérer de ces qualificatifs contraignants?

On dit de moi que je suis timide, gentil-le, colérique, tête en l’air, maladroit-e, brillant-e, un-e sportif-ve, un-e artiste, un-e battant-e, un-e idiot-e…
Nous pouvons être affublés d’un ensemble de qualificatifs. Ils nous définissent, nous caractérisent. Ils peuvent être tout aussi bien positifs, soit valorisants, comme ils peuvent être négatifs, soit dévalorisants. Mais qu’ils soient valorisants ou non, ils nous contraignent car ils nous enferment dans des comportements ou des types de relation avec notre entourage.
Je vous invite à découvrir comment nous libérer de ces caractéristiques sclérosantes. Dans un premier temps, explorons d’où elles nous viennent. Ce qui nous permettra de comprendre à quoi ces appellations nous servent, pour enfin développer un moyen de s’en défaire.

D’où cela nous vient ?

Ils nous ont été donnés ou nous les avons pris pour diverses raisons. C’est parfois une caractéristique familiale qui nous est attribuée ou que nous nous attribuons juste parce que nous appartenons à cette famille.
Par exemple, la famille De Sulpice est spécifiée aristocrate du fait de sa particule ou de sa demeure, issue de cette famille je me devrais de correspondre à ce rang social (attitudes et catégorie socio-professionnelle).
En d’autres circonstances, au cours de mon histoire, une suite de situations a fait naître des appellations, qui sont devenues des emblèmes.
Par exemple, aimant les blagues, et les raconter, il est depuis mon adolescence, voir mon enfance de nombreuses occasions où j’ai pu raconter mes histoires drôles. Les gens ont ri, en ont demandé, redemandé… Je me suis attribué-e cette fonction de faire rire, on m’a affublé du nom de boute-en-train, de conteur-se. Je suis devenu-e celui/celle qui fait rire dans les soirées, celui/celle que l’on attend pour ça.
Parfois, il a suffi d’une fois pour que l’on dise de moi que je suis ceci ou cela. Et puis ça me suit… Juste parce que, une fois, j’ai oublié de prendre mon sac on dit de moi que je suis étourdi-e. Maintenant, je suis défini-e avec ce qualificatif, voir enfermé-e dedans.

Mon entourage s’amuse en racontant encore et encore ma mésaventure liée à l’oubli du sac. Il plaisante sur le sujet et sur la confiance que l’on peut me faire. Je deviens l’étourdi-e du groupe.  C’est amusant et c’est une bonne excuse pour ne pas être attentif-ve. C’est agaçant et ce n’est pas juste car je sais être vigilant-e.
Mes amis, ma famille, mes collègues de travail me reconnaissent comme l’amuseur-se de service. Il est difficile alors d’être pris-e au sérieux, surtout si je sais jouer avec la dérision. Il est difficile aussi d’être authentique et dans l’intimité si j’ai su me cacher avec mes plaisanteries.
Ces caractéristiques attribuées ou autoproclamées sont entretenues. Elles sont inscrites dans le marbre. C’est difficile de s’en défaire. C’est d’autant plus compliqué qu’elles ont des avantages.

Quels en sont les avantages ?

Paradoxalement, nous et notre entourage nourrissons ces traits distinctifs enclavants car ils ont des avantages.
De Sulpice est un nom de famille qui légitime mon appartenance à cette lignée. Famille au sein de laquelle il y a une fierté d’appartenir à une classe sociale, ou une sécurité car ses membres savent s’entraider, ou une loyauté selon les valeurs familiales… Portant ce nom je me sens privilégié-e, protégé-e. Cela répond à notre besoin humain de sécurité.
Je suis l’étourdi-e du groupe, c’est une manière d’avoir une place dans un groupe. C’est une dénomination qui m’identifie et me différencie. Autre besoin psychique auquel nous répondons, qui est celui d’être reconnue.
Je suis celui/celle qui fait rigoler, qui amuse, c’est une fonction qui me sert de dessein. Cela m’offre une reconnaissance, une utilité, une prévisibilité dans les lieux où je vais. Nous avons besoin de nourrir notre sens.

Ces caractères, ces traits de personnalité (au sens commun du terme) nous permettent d’être identifé-e, reconnu-e ou nous sentir appartenir au groupe. Ils servent à rendre le monde prévisible, nous rassurent du fait de leur tenue et nous garantisse la tenue du lien avec ceux qui m’ont désigné-e, ou auprès desquels je me suis qualifié-e ainsi. Nous nourrissons nos qualificatifs pour rendre le monde prévisible, pour donner de la cohérence.

C’est l’ivrogne, je suis l’ivrogne. Même si je suis affublée d’une imperfection, un vice, c’est comme cela que je suis acceptable. Vous pourriez me dire que c’est un peu, beaucoup, tordu comme fonctionnement. En fait, nous avons des fonctionnements psychiques paradoxaux.
Si on dit de moi que je suis le vilain petit canard de la famille, même si cela semble être une expression de rejet, en fait j’ai ma place en tant que « bizarre », « anormal-e ». C’est avec cela que je suis reconnu-e et que je fais partie de cet ensemble d’individus. Et puis, en complexifiant encore un peu plus, si je suis mis-e à l’écart du fait de mon caractère ou de mon fonctionnement, je vais entretenir ce qui me met en marge pour justifier le positionnement pour une part et d’autre part pour entretenir le lien même si il est négatif. Il vaut mieux un lien négatif qu’une absence de lien. Il vaut mieux une reconnaissance dévalorisante que de l’ignorance. Nous sommes des êtres sociaux nous avons un besoin impérieux de nous sentir exister (reconnaissance) et en lien. Peu importe le prix, qu’il soit de la dévalorisation, de la mésestime, de la moquerie, du bouc émissaire. Si on parle de moi, si on manifeste un ressenti en ma présence c’est que j’existe. « Ouf ! J’existe ! » peut dire une part de soi qui est en manque de sentiment d’existence et de reconnaissance.

Alors tordu ? Pathologique ? Juste un système de protection, dans lequel la personne s’est enfermée sans s’en apercevoir. Finalement, à la longue, il engendre plus de blessures, plus d’inconvénients que de bénéfices. C’est là que la personne choisit de faire du nettoyage.

Comment s’en libérer ?

Comme une épitaphe gravée dans le marbre qu’il nous faudrait modifiée, effacée pour nous ouvrir à d’autres fonctionnements. Il nous faut du courage, de la persévérance pour oser, nous autoriser à transformer ou supprimer ces qualificatifs emprisonnants.
Ils sont un peu comme des habits que nous avons enfilés, endossés. Ils nous allaient à merveille fut un temps. Seulement nous avons grandi, nous avons évolué. Ils ne sont plus ni à notre taille, ni à notre goût. Nous avons nécessité de les modifier ou d’en changer, mais plus ou moins nous y sommes encore attachés.
Prenons notre audace avec nous, ou un allier (ami-e, soutien), et allons ouvrir les tiroirs de nos commodes, les portes de nos penderies et placards. Sortons un à un nos vêtements, faisons le tri. Certains seront conservés intacts car ils nous siéent à merveille. Nous sommes à l’aise avec, nous en aimons tous les paramètres. D’autres seront démantelés, nous ne garderons qu’une partie pour l’utiliser autrement.
Enfin, il y a tous ceux dans lesquels je ne suis plus confortable, avec lesquels je ne peux pas bouger, et ceux qui me grattent, ceux aux couleurs passées, aux formes démodées… tout ceux-là, je les jette. Je peux les remercier d’avoir été utiles en leur temps, aujourd’hui je peux les jeter ou les restituer à ceux qui me les ont concédés.
Au-delà de cette métaphore, concrètement, vous pouvez prendre un paquet de post-it. Sur chaque petit papier autocollant vous inscrivez un qualificatif, puis vous le déposer sur une grande feuille en face de vous.
Ensuite, vous allez prendre une à une ces caractéristiques qui sont devenues vos qualités ou vos défauts. Une à une vous prenez le temps de voir ce que cela vous a permis de développer comme capacité ou compétences, et en quoi cela vous nuit actuellement. Vous inscrivez sur un papier ce que vous conservez et sur un autre papier ce que vous jetez.
Par exemple, le fait d’être l’amuseur-se de soirée, je sais parler en public, en revanche je me cache derrière mes blagues et je n’arrive pas à développer des relations chaleureuses et intimes.
Une à une, vous progressez, tout doux… Pas tout le même jour !

Vous allez vous rendre compte, en considérant la feuille de ce que vous gardez, que  finalement vous êtes bien plus riche que ces qualificatifs : vous êtes étourdi-e et attentif-ve, vous êtes rêveur-se et pragmatique, vous êtes aristocrate et savez vivre simplement, vous savez amuser la galerie et être sérieux-se. Et surtout, que vous n’êtes pas ceci ou cela, mais que, seulement, par moment, vous pouvez fonctionner comme ceci ou cela.

Autrement qu’au travers ces attributs, nous sommes qui nous sommes !

En prenant le temps de faire le tri, vous allez prendre conscience de votre valeur, de votre existence, de l’amour que vous pouvez vous donner et qui vous est accordé. Ce sera plus facile de lâcher les dénominations limitantes, et de brûler la feuille de ce que vous ne voulez plus.
Nous sommes riches d’une multitude de facettes. Nous fonctionnons comme une boule disco. Nous avons des éclats et obscurités qui alternent. C’est ce qui fait notre charme, notre brillance, et le tout est NOUS, un individu entier, pas plus, pas moins.

Maintenant, si on dit de moi que je suis…, je dis oui je fonctionne en partie comme cela et je fonctionne aussi comme ceci…

N’oubliez pas, vous êtes bien plus riche que cela !

On dit de moi que je suis – Source

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