Personne Hypersensible : Différences et Avantages

Hypersensibilité ?

En préambule, posons le fait qu’une personne ne deviendrait pas, elle naitrait hypersensible. Cela signifie, qu’il n’est pas intéressant d’aller chercher le pourquoi, l’origine de ce fonctionnement. Il est plus utile de comprendre ce que cela produit comme comportements et sentiments agréables ou non et de savoir vivre avec ce don. Une personne qui éprouve de l’hypersensibilité a une perception, détection, discrimination et un vécu par ses 5 sens plus élevés que la moyenne. Cette hypersensibilité peut être provisoire (suite à un événement) ou durable (personnalité hypersensible).

Dans les deux cas, l’hypersensibilité est vécue difficilement par la personne et jugée « exagérée » par son environnement. Cela engendre des difficultés dans les relations et l’adaptation sociale ainsi que de la souffrance psycho-émotionnelle. Les personnes hypersensibles représenteraient 20% de la population selon Elaine Aron (Psychologue Américaine) qui en 1996 a défini la notion de haute sensibilité et décrit les signes cliniques. 
Les caractéristiques principales sont : 

  • Une prise en considération de toutes les perceptions. Il n’y pas de sens privilégié ou de sens moins considéré. Toutes les perceptions issues des différents sens sont discernées, envisagées et traitées. 
  • Une mobilisation plus importante pour une même stimulation : une stimulation A pour un individu hypersensible mobilise une attention plus élevée que pour un individu non hypersensible.
  • Une réactivité forte et une empathie élevée : la personne hypersensible réagit plus intensément aux événements positifs comme négatifs, elle éprouve aussi de la susceptibilité. Elle identifie très intuitivement ce que vit émotionnellement l’autre. 
  • Une sensibilité aux stimuli subtils : une personne hypersensible considère le moindre stimulus, le moindre détail et perçoit intuitivement.  

Survie : nous sauver

L’hypersensibilité s’exprime avec une réactivité émotionnelle importante. Les différents stimuli convoquent des émotions intenses : peur, colère, tristesse, joie, dégoût… et des sentiments exacerbés : frustration, culpabilité, honte, injustice… qui se traduisent par des sensations corporelles et leurs flots de pensées associées. 
La plupart des personnes qui viennent à mon cabinet souhaitent gérer leurs émotions qu’elles jugent excessives et incontrôlées. Qu’elles soient hypersensibles ou sensibles, cela ne change pas beaucoup ma manière de les aider à accueillir et accepter les sensations et les pensées qui les assaillent. Il ne s’agit pas de les combattre, de les réduire à néant. Bien au contraire, il est utile de réhabiliter l’identité de la personne sensible qui a été pointée du doigt comme faible car expressive, comme fragile car émotive, comme bizarre car aux pensées excentriques. Elle en a gardé les séquelles non pas d’une simple différence, mais bien plus d’une erreur de la nature à combattre, à gommer.

Accueillir et accepter ses émotions est un premier pas pour accepter qui elle est, et ainsi apprendre à maitriser ses capacités et compétences. Je disais qu’il ne s’agissait pas de combat, de même qu’il ne s’agit pas de contrôle. Il est question de maitrise, ce qui signifie de savoir surfer sur la vague émotionnelle. Le surfer ne contrôle pas la vague de l’océan. Il a la maitrise de surf et joue avec la vague. On dit de lui qu’il maitrise la vague. 
« Maitriser ses émotions » signifie les reconnaître et les connaître. Autrement dit, dans un premier temps, c’est identifier l’émotion, le sentiment. Peur, colère, tristesse, joie, dégoût, honte, culpabilité, injustice, frustration, dévalorisation, rejet… de quoi s’agit-il ? Le plus souvent, c’est un savant cocktail explosif. Il est utile d’apprendre à détecter les saveurs du cocktail pour traiter la situation et en faire un mélange inoffensif. Dans un second temps, c’est comprendre quel est le déclencheur de ces émotions dans son présent et à quoi cela fait éventuellement référence dans son passé.


Les émotions sont des signaux qui nous informent qu’il se passe quelque chose que nous avons à considérer. Si je ressens de la peur, c’est qu’il y a une situation de danger, si la colère est là, c’est que j’ai subit un dommage, la tristesse m’informe d’une perte, de quelle perte s’agit il ?… Il est intéressant ensuite de traiter chaque émotion, chaque sentiment un par un, pour lui apporter la réponse adaptée.

Pour la personne hypersensible, faire ce discernement et tri n’est pas facile, du fait que toutes ses sensations sont prises avec la même intensité et qu’il n’est pas facile de faire des choix, catégoriser. Non pas qu’elles ne savent pas le faire, mais que le faire leur demande d’inhiber des informations qu’elles perçoivent et considèrent systématiquement. Elles traitent en permanence une multitude d’informations. Ce traitement est bien plus conscientisé que pour les 4/5 de la population. Alors… pensez vous encore que les hypersensibles sont faibles et fragiles ? Les personnes hypersensibles ont des capacités cognitives hors pair.

Hypersensibilité et Douance

Par douance, nous signifions des capacités intellectuelles plus développées que la norme, qui excèdent 125 ou 130 en valeur de QI. Toutefois, ces valeurs et les moyens d’évaluations utilisés, ne sont pas toujours adaptés pour évaluer certains cas. Dans le langage commun, il est usité actuellement le terme de « haut potentiel », qui remplace celui de « surdoué », ou « précoce ». Dans la littérature, nous trouvons aussi le terme de zèbre. Cette dénomination est là pour signifier la différence d’une personne, sans souligner l’anormalité. Dans la littérature sur le sujet, il est distingué les personnes ayant un haut potentiel intellectuel (HPI) des personnes ayant un haut potentiel émotionnel (HPE).


Les personnes hypersensibles ont des capacités intellectuelles élevées. Toutefois, se vivant comme étranges, étant parfois stigmatisées comme instables voire dysfonctionnelles, elles n’ont pas confiance en elle, et ne peuvent pas reconnaître leur potentiel, leur savoir et savoir-faire. Bon nombre de leurs réussites se font sans qu’elles ne puissent clarifier comment elles ont su, pu. Elles utilisent un savoir et des procédés intuitifs. Comme c’est évident, naturel pour elles, elles ne peuvent pas accepter que ce soit l’expression de leurs capacités ou compétences. N’ayant pas le contrôle de cette intuition, elles estiment que cela ne reflète pas leur savoir ou savoir-faire. 


La personne hypersensible doutent d’elle même, se dévalorise et survalorise les autres. Parallèlement, et de manière sous jacente, elle identifie que la majorité des autres sont moins sensibles, moins rapides, moins matures. Elle se reconnaît une relative supériorité, qui est non acceptable et vécu comme dysfonctionnelle, ce qui l’amène à un certain isolement social.  

Hypersensibilité et Souffrance 

Ce sentiment d’être étrange, bizarre isole la personne, qui est qualifiée de réservée. Cette prise en considération des détails fait qu’elle est identifiée comme pointilleuse, et elle n’arrive pas à alléger ses considérations. Elle se prend la tête dirait le langage populaire, et aussi elle prend la tête.Ce besoin d’observation (avant d’entrer en relation) lui fait croire et est cataloguée comme ayant du mal à s’intégrer.Ce foisonnement de questions fait que la personne aimerait penser moins et être comme les autres. Elle se compare et est fatiguée par ces mouvements mentaux permanents.

Cette hypersensibilité conduit à une susceptibilité difficile à vivre pour la personne et son entourage. Elle se sent pointée du doigt et blessée à la moindre remarque. Elle va réagir à la hauteur de sa blessure. Elle peut pleurer, se mettre en colère, se refermer sur elle-même. L’entourage ne comprend pas, n’accepte pas les modalités et l’intensité de la réaction. Sa sensibilité accrue, fait qu’elle fuit, évite, refuse les bruits intenses, les bruits répétitifs, les situations a forte densité émotionnelle négative (film d’épouvante, conflit…). Elle est stigmatisée de « chochotte », d’immature. Elle a alors du mal à s’intégrer dans un groupe. Elle a du mal à trier dans l’ensemble des stimuli perçus. De la même manière, elle a des difficultés à faire un choix. Elle est vécue comme pénible, indécise… et se vit comme telle.  Elle a une très faible estime de soi. Elle se sent rejetable. Elle sent anormale. L’hypersensibilité la fait souffrir. Elle va aimer s’isoler soit en pleine nature pour ses sons apaisés, soit pour réfléchir, soit pour pratiquer une activité de loisir. Elle est alors accusée d’être solitaire, ou de s’enfermer dans sa bulle.

Vivre avec son hypersensibilité

Effectivement, la personne hypersensible a besoin de se constituer une bulle protectrice. Ce n’est pas un défaut, comme semblerait le souligner son entourage, c’est une nécessité pour elle. Elle a à mettre en place des filtres, des films protecteurs. En fait, cette hypersensibilité est un super système de protection. Seulement, c’est un peu comme un système d’alarme qui serait réglé sur le moindre mouvement perçu. Il se mettrait alors en marche au moindre mouvement d’un coin de rideau engendré par un léger déplacement d’air. Il est utile d’aider la personne à régler son super système d’alarme, mais pas de l’éteindre. 


Accompagner une personne hypersensible, c’est valider ce qu’elle vit, ressent et ce qu’elle fait, qui elle est. C’est valoriser ses potentiels. Sa sensibilité fait qu’elle est intéressée par le savoir, l’art, la créativité. Elle a un intérêt pour une grande diversité de thématique. On (elle et son entourage) ne peut pas l’enfermer dans une case. Elle est plus que ça. Elle est plus riche que la somme de ses parties. 
Vivre avec son hypersensibilité c’est accepter sa différence qui est estimable, aimable (qui ne fait pas de soi un individu rejetable).Surtout vivre avec son hypersensibilité, c’est explorer et (se) permettre d’exprimer ses potentiels.

Article écrit par Delphine JOVER Mars 2020

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