CHANGER, OK ! ET COMMENT ? Accompagner le changement

Le changement est un processus qui se réalise par étape. C’est un chemin que nous empruntons. Bien que désiré ou nécessaire, il n’est pas un chemin facile. Il peut être effrayant, fastidieux et entravé. Il nécessite parfois d’être accompagné.

Changer peut être effrayant… un accompagnement pour se ré-assurer

En effet, nous nous dirigeons vers de l’inconnu, du non-connu. Nous ne savons pas si cela va aller. Nous quittons un domaine connu, maitrisé. Nous quittons des repères, nos repères.

D’une manière générale, nous avons besoin de repères stables pour nous sentir en sécurité, cela correspond, au niveau psychologique, à un de nos besoins fondamentaux.

Si je dois abandonner des repères qui pour moi,  du fait de leur stabilité, sont sécurisants, je dois alors renoncer à cette stabilité.

Cela est une source d’inquiétude, voire d’angoisse pour certain. En effet, la stabilité représente la pérennité, qui rassure quant à la durabilité de l’existence, et plus précisément de sa propre existence.

Donc, pour envisager de lâcher cette stabilité, nous avons besoin de nous appuyer sur une autre stabilité (même temporaire). Nous allons avoir besoin d’éléments stables qui seront des références pour nous. Un peu à l’image du fil d’Ariane, qui sert d’appuis pour avancer dans le dédale, sans s’y perdre.

Au travers de l’accompagnement psychothérapeutique ou psychologique, la personne trouve une aide invariable qui sera, le temps que la personne en ai besoin, un « ersatz » de stabilité. C’est la présence même de cette aide qui va contrebalancer la perte de stabilité.

C’est comme une personne qui voudrait quitter une terre aride, où il n’est plus possible de vivre confortablement, et qui voudrait trouver une terre verdoyante pour y vivre confortablement. Mais elle ne peut se déplacer d’une terre à l’autre car entre elles, un océan les sépare. Elle a besoin d’un bateau pour naviguer, l’accompagner durant son périple, en eaux troubles et troublées, jusqu’à trouver une nouvelle terre.

Changer peut être fastidieux… un accompagnement pour être soutenu

Le chemin emprunté peut être pavé d’embuches. Nous avons besoin d’être aidé, en étant encouragé et stimulé.

Une aide stimulante

Stimulé, peut suggérer aiguillonner, comme le coup de badine sur la croupe du cheval pour qu’il avance ou accélère. Seulement, cette image est violente.

En tant que stimulation, nous évoquons ce qui nous incite à agir, soit ce qui nous pousse et ce qui nous attire. Ce qui nous pousse à changer, c’est l’inconfort vécu, ou la contrainte. Ce qui nous attire, c’est le désir du mieux

L’accompagnement consiste à identifier les inconforts de la situation à quitter, qui alors seront par exemple notés. Ceci pour que dans les cas où la personne voudrait s’accommoder de la situation, elle puisse les relire pour donner une raison valable et ainsi réanimer son choix de changement.

Dans la démarche de soutien, en tant que professionnel je fais référence à ces mots posés sur un papier, j’invite à y revenir quand cela est utile.

Ce qui va également fortifier le projet, c’est de clarifier ce qui nous attire dans la situation désirée. En mettant des mots, une image, un symbole, nous faisons prendre corps à un quelque chose qui n’existe pas encore en tant que tel.

Dans un accompagnement que je réalise, je peux proposer à la personne de représenter par une image, un objet ou une photo d’un personnage, d’un lieu qui symbolise ce qu’elle souhaite obtenir.

C’est comme un grappin qui est lancé auquel la personne en changement s’accroche. C’est une ligne de mire qui est nécessaire pour exalter l’élan.

Un grappin est utile pour se hisser jusqu’à l’objectif s’il est fixé à une corde avec la quelle la personne évolue. La corde est ce soutien qui vient des personnes qui entourent. La corde est aussi la longueur du chemin parcouru et à parcourir.

Une aide encourageante

Le changement ne se fait pas comme un tour de magie, en quelques secondes. Il prend du temps et de l’énergie. Parfois nous rencontrons des phases de découragement. Là, c’est d’une aide qui encourage, qui regonfle le moral dont nous avons besoin quand on a l’impression de ne pas y arriver.

En tant que professionnel, j’invite la personne à faire le point. En effet, à ce moment là, elle peut s’effrayer sur le chemin encore à parcourir, ainsi que de douter de ses potentiels. Alors je lui propose de regarder tout le chemin déjà parcouru. En même temps, nous revisitons ce qu’elle ne veut plus et réanimons ce qu’elle désire. Ensemble nous revalidons ses potentiels à poursuivre.

Changer peut être entravé… un accompagnement pour se libérer

Quelqu’un peut vouloir changer, être entourée dans sa démarche, recevoir une aide stimulante et encourageante, et pour autant ne pas y arriver ou rechuter.

Dans un premier temps, il faut savoir que la rechute peut faire partie intégrante du processus de changement. Une rechute est un moyen pour se rendre compte des acquis. En effet, on reprend conscience plus vite des inconforts et on se remet en chemin avec plus d’aisance.

Par ailleurs, une rechute est le signe qu’il y a un facteur qui n’a pas été assez pris en considération, et avec lequel il va falloir revoir son plan d’action.

En chacun de nous cohabitent différentes parties. Une partie de nous souhaite changer. C’est une partie consciente. La peur du changement évoquée plus haut est consciente. Elle est en partie expliquée par la peur de l’inconnu. En dessous, il y a des mécanismes psychiques inconscients qui expliquent cette peur et les freins au changement que nous pouvons rencontrer. Une part inconsciente de nous ne veut pas ou ne peut pas changer.

Accompagner une personne dans son processus de changement, c’est, en tant que psychothérapeute, inviter à explorer les bénéfices secondaires aux fonctionnements inconfortables que la personne veut quitter.

Par exemple : Une personne de 40 ans veut passer son permis de conduire, pour pouvoir partir se promener dans la campagne aisément, pour partir en we avec ses enfants sans prendre les transports en commun ou dépendre du conjoint-e ou d’amis-es. En évoquant cette dernière justification, je peux interroger le bénéfice secondaire de dépendre de quelqu’un. Finalement, nous identifions que de ne pas avoir son permis est un moyen de vérifier que les personnes l’apprécient, l’aiment suffisamment. Comme nous pouvons aussi, par exemple, découvrir que ne pas avoir de permis de conduire c’est ne pas se permettre de prendre son envol. Nous avons là un autre bénéfice secondaire qui fait référence à la notion d’impasse psychique.

Ce qui peut faire frein à un processus de changement ce sont les mécanismes d’impasse, théorisés en Analyse Transactionnelle. C’est à dire des discours psychiques internes inconscients, pour une grande part, entre différentes parties de soi, qui nous mettent dans une impossibilité d’action, car ils sont contradictoires.

Par exemple : Je souhaite changer avec les messages intégrés du genre : « poursuis ton chemin », « suis ta voie » « sois toi même ». Seulement, je n’ai pas le droit, ni la permission de changer avec les messages contraignants du type « Ne trahis pas les tiens », « Ne réussis pas », « Sois comme moi » ou « Ne sois pas différent de moi » (moi étant un parent)…

Enfin, changer c’est un procédé où se jouent les notions de perte et de gain. Qui dit perte, dit processus de deuil. Dans les cas où le changement est subit, la difficulté d’avancer dans le processus de deuil est le frein le plus actif. La démarche de suivi thérapeutique dans un processus de changement intègre de soutenir la personne dans l’acceptation de certaines pertes comme les bénéfices secondaires, le connu, des éléments agréables, positifs qui ne pourront se poursuivre dans la nouvelle construction etc… Et tout cela au profit d’un mieux général pour une autre façon de vivre.

En conclusion

Accompagner un changement, en tant que psychothérapeute, c’est :

  • assurer une présence fiable
  • aider à identifier ce qui n’est plus voulu et à clarifier ce qui est voulu
  • encourager en honorant les avancées et confirmant les potentiels
  • stimuler en remémorant ce qui pousse et ce qui attire
  • et surtout c’est un travail thérapeutique pour identifier les bénéfices secondaires, délier les impasses et soutenir les processus de deuil pour que la personne se sente le droit, avec la permission, et en acceptation du changement.

Article écrit par Delphine JOVEROctobre 2020

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