« Il faut … » : entre Contrainte et Nécessité

Il faut finir son assiette/son travail, il faut ranger sa chambre/sa maison, il faut bien faire, il faut se dépêcher, il faut être irréprochable, il faut être souriant, il faut être discret, il faut respecter les règles/être honnête, il faut être fort/ne pas être faible, il faut se battre, etc…

Nous sommes acculés par des « il faut » qui viennent de notre éducation, de notre environnement culturel, social et professionnel. Ce sont des règles, des dogmes qui dictent nos agissements. Souvent, nous sommes en lutte contre ces contraintes qui sont vécues comme inéluctables.

Comment considérer ces « il faut » pour en faire des alliés de croissance plutôt que des entraves assujettissantes ?

D’où viennent ces « il faut » ?

Dans notre éducation, nous avons entendu : « Dépêche toi !» « Range ta chambre ! », « Fais tes devoirs ! ». Nous avons vécu cela comme des obligations, des normes dictées par nos parents/éducateurs. Nous les avons traduits par « il faut se dépêcher », « il faut que tout soit rangé », « il faut faire ses devoirs ». Nous n’en avons pas toujours cerné le bien fondé ni pour eux, ni pour nous. 

Parfois, en nous appuyant sur ces règles nous avons pu les utiliser comme des moyens de nous opposer aux fonctionnements avec lesquels nous grandissions, ou de nous différencier du milieu dans lequel nous vivions. Nous étions en retard, nos affaires trainaient partout, nos devoirs étaient faits à la dernière minute… tant que nous n’avons pas mesuré la conséquence néfaste pour nous, ces « il faut » étaient des contraintes et non des nécessités.

Face à la contrainte nous usons de deux grandes options : soit nous faisons, soit nous ne faisons pas. Ce qui est intéressant ce n’est pas est ce que je fais ou pas, c’est est-ce que je proteste ou pas ? Autrement dit dans quelles dispositions je suis en lien avec ce « il faut ». Cela suscite chez moi l’opposition ou l’acceptation ?  

Quand je dois ranger ma chambre parce que mes parents n’aiment pas le désordre, éventuellement je la rangerai pour éviter le conflit ou la sanction tout en protestant car le désordre ne me dérange pas.

Quand j’intègre que faire mes devoirs le samedi matin me permet d’être libéré d’une charge mentale, que je me sens tranquille pour le reste du we pour sortir avec les potes, alors j’accepte de faire mes devoirs (comme il faut le faire, comme les parents le disent).

Ces « il faut » viennent de l’extérieur, ils ne nous appartiennent pas. Tant que nous n’avons pas fait notre la commande, nous sommes en réaction avec ces « il faut ».

Nombreux sont ces dictats qui proviennent de l’extérieur. Parfois, nous avons construit des règles, des exigences en fonction de ce que nous avons perçu dans notre milieu. Je prends l’exemple de Julie, cette femme qui a établit un « il faut se débrouiller seule », en s’appuyant entre autre sur les expériences de sa grand mère veuve très jeune, de son entourage faillible… Aujourd’hui « il faut se débrouiller seule » la contraint à ne pas demander de l’aide, à être seule dans la vie. Certes elle a déployé des compétences et savoir-faire, mais au prix de la solitude et de l’épuisement.  

Au niveau thérapeutique, il y a à panser les insécurités et nourrir la confiance/foi en soi, en parallèle l’accompagnement consiste à différencier dans cette règle ce qui est adapté, de ce qui est excessif, sur-adapté. Il est astucieux de savoir se débrouiller, pour gagner en indépendance. Il est judicieux de savoir demander de l’aide, pour gagner en réussite.

Comment transformer ces « il faut » ?

Pour sortir de ces fonctionnements asservissants, dans une première étape je propose de distinguer les « il faut de devoir » des « il faut de nécessité ».

Les premiers sont des obligations dogmatiques. Les seconds sont des nécessités utiles.

Autrement dit, cette commande « il faut » provient d’une règle que j’ai apprise ou d’une envie, un besoin ?

Prenons par exemple « il faut que j’appelle Victor » :

Dois-je l’appeler parce que c’est ce qu’on doit faire en de telles circonstances, ou c’est ce qu’il est convenu de faire pour entretenir les liens ? Si je réponds oui, c’est que ce « il faut » est une obligation dogmatique.

Maintenant, si « il faut que j’appelle Victor », est un moyen de dire j’ai besoin de l’appeler pour avoir une information, j’ai envie de l’appeler pour lui dire mon soutien… Là, le « il faut » est un « il faut de nécessité ».

Après avoir fait cette différenciation, par moment, je peux me rendre compte que lié au « il faut de devoir » il y a une envie ou un besoin. Par exemple, « il faut que je perde du poids », règle dictée par la société et mon médecin qui font référence à une silhouette ou à l’Indice de Masse Corporelle (IMC). C’est peut être oppressif de rentrer dans les critères d’une société et de la médecine. En revanche, j’ai envie de me sentir bien dans mon corps, et besoin d’être en bonne santé. Il est utile que je laisse de côté le « il faut de devoir» et que je donne de la valeur à ce qui est nécessaire, utile, bon pour moi. Ce sont d’autres critères que je dois développer. C’est mon envie et mon besoin qui vont m’épauler et me guider.

Nos alliés de croissance

En fait, nous pouvons remarquer que nous avons besoin de nous approprier ces « il faut ». Nous pouvons transformer « il faut que je … » en « j’ai besoin » ou « j’ai envie ». Nous ne sommes plus la marionnette de règles externes, nous devenons le marionnettiste de nos nécessités et envies.

Par exemple : « Il faut que je termine cet article » cette exigence que je pourrais ressentir, pourrait m’entraver et engendrer de la procrastination. Si je souhaite être efficace, il est judicieux que je décèle mon besoin ou mon envie et leurs raisons. En effet, j’ai besoin de terminer cet article pour l’envoyer à temps ou j’ai envie de terminer cet article pour être disponible à en écrire un autre. Répondre à un besoin ou une envie n’est plus une contrainte opposable, c’est une nécessité approuvée.

Finalement, pour faire de nos « il faut » des alliés, il convient de distinguer entre contrainte et nécessité, en nous interrogeant sur le « pourquoi ? » et le « pour qui ? ».

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